Claire-Cité vue du ciel dans les années 1950

Les pionniers de Maurice Utrillo

Mamade HURTAULT et Madame VIOLLEAUHabitants de la rue Maurice Utrillo depuis quelques années, nous sommes allés à la rencontre de deux voisines qui étaient là il y a 60 ans … lorsque notre très chère rue n’était pas grand chose. Madame HURTAULT et Madame VIOLLEAU, en fouillant dans leur mémoire, ont eu la gentillesse de nous raconter comment tout a commencé. Pour ces deux voisines, l’histoire démarre par hasard. L’une entend parler, dans la famille de sa belle sœur, d’un gendarme qui va s’installer aux Castors de Rezé (Il s’agissait à l’époque du quartier de Claire-Cité) et on lui explique le principe. Intriguée, et malgré les réticences de son mari qui avait en tête l’achat d’un terrain pour y construire sa maison, Madame HURTAULT se renseigne. Au moment de ses recherches, la famille a le choix entre le projet de Claire-Cité et celui du Landreau. Monsieur HURTAULT choisit le projet du Landreau à cause de la proximité avec la route de Château Bougon (1er nom de l’aéroport de Nantes). Pour la seconde, les informations sur cette autoconstruction collective proviennent des collègues de Monsieur VIOLLEAU aux « Chemins de Fer » , qui habitent déjà dans une maison Castor dans le quartier de Claire-Cité. Les conditions établies par Les Castors étant remplies, notamment avoir au moins 2 enfants, les deux familles sont retenues. Le principe est simple : pour 9 000 anciens francs par mois pendant 30 ans et, condition sine qua none, une participation des habitants à la construction, les familles deviennent propriétaires d’une maison. Les hommes s’impliquent de manière hebdomadaire sur leur temps libre, soit dans leur domaine de compétence lorsqu’ils ont un métier en lien avec la construction, soit en prenant part aux tâches subalternes lorsqu’ils ne disposent pas d’expérience particulière. Monsieur HURTAULT est alors maçon et vient tous les samedis et dimanches, alors que Monsieur VIOLLEAU, qui travaille en « trois huit » aux « Chemins de Fer » vient en semaine et/ou un jour le week-end. L’attribution des maisons se fait à l’issue d’un tirage au sort. Mais les échanges sont autorisés entre les familles. C’est ainsi que Monsieur et Madame VIOLLEAU échangent leur ticket avec celui d’une famille qui ne souhaitait pas un si grand jardin. Après 4 ans d’attente pour la famille HURTAULT et 2 ans pour la famille VIOLLEAU, toutes les familles peuvent emménager enfin dans leur maison. Et c’est le début d’une nouvelle vie : Monsieur et Madame HURTAULT et leurs deux enfants quittent alors la maison des parents de Madame HURTAULT ; quant à Monsieur et Madame VIOLLEAU et leurs 3 enfants, ils libèrent le deux-pièces qu’ils occupaient dans le centre de Nantes et découvrent la joie de posséder une salle de bains.

Alors que les hommes se sont côtoyés pendant plusieurs mois, c’est maintenant aux femmes et aux enfants de faire connaissance. Les échanges sont d’autant plus faciles que les murettes qui séparent les maisons ne sont pas encore en place ! La construction de ces dernières, au même titre que les garages, reste à la charge de chaque foyer. Les maisons de l’autre côté de la rue (côté pair) sont habitées depuis un an lorsque les familles entrent dans les maisons du côté impair de la rue. Le quotidien se met en place : Les enfants jouent librement dans la rue qui n’est pas encore carrossée et ne sont pas inquiétés par les voitures puisque seulement deux foyers en disposent. Les enfants des familles nouvellement arrivées sont scolarisés dans le bourg de Rezé alors que les enfants d’en face fréquentent déjà l’école avenue du Lieutenant de Monti (actuellement école Pauline Roland). Il faudra attendre plusieurs années et une action des habitants de la rue auprès de la mairie pour que tous les enfants de la rue soient scolarisés rue des Frères Lumière (actuellement école Château Sud). Lors de l’installation dans les maisons, la grande majorité des femmes ne travaillent pas à l’extérieur. Elles sont en charge des enfants et des maisons, des repas, de la confection des vêtements et des courses. Un petit commerce d’alimentation est installé dans 2 garages regroupés de la rue Etienne Monnot : « La Cop ». Les habitants du quartier y trouvent les produits de base et complètent également avec les commerçants ambulants qui passent dans la rue. Deux ou trois boulangers passent tous les jours, un charcutier mais également tous les mercredis le « camion vert » des légumes. De nombreuses familles cultivent leur propre potager dans le jardin de leur maison mais certains complètent avec d’autres jardins situés sur la commune (à proximité du Corbusier pour Monsieur VIOLLEAU). Les transports en commun sont peu développés à l’époque : un bus seulement passe au bout de la rue lorsque les familles arrivent dans la rue. Au moment de l’entrée dans les maisons et pendant encore quelques années, la plupart des déplacements s’effectuent à vélo. Avant d’arriver dans la rue, aucune de ces deux familles n’avait d’attache à Rezé, mais pourtant sans le savoir, elles écriront une page de l’histoire de la commune …

Isabelle

 

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